Saint-Nazaire Grand port maritime : la menace de la transition énergétique ?

Le port de Nantes/Saint-Nazaire vit du trafic des énergies fossiles. Avec la nouvelle donne écologique, des bouleversements sont attendus. En premier lieu, la centrale thermique de Cordemais dont l'avenir à long terme se dessine en pointillés.

26/01/2017 à 16:27 par julienbouliou

Les deux tranches fuel de la centrale de Cordemais sont déjà condamnées. Les unités charbon sont en sursis (c) Andre Bocquel - NSNP -
Les deux tranches fuel de la centrale de Cordemais sont déjà condamnées. Les unités charbon sont en sursis (c) Andre Bocquel - NSNP -

Charbon, pétrole, gaz… Les trois piliers du Grand port maritime, qui représentent à eux seuls 60 % de ses ressources et 70 % des escales.

Qu’un seul décroche, et c’est tout l’édifice qui est menacé. « La chute du gaz naturel liquéfié (GNL) a divisé notre trafic par cinq en quatre ans », rappelle le directeur Jean-Pierre Chalus.

Seulement, à l’heure du dérèglement climatique, la dépendance aux énergies fossiles est de plus en plus problématique.

La loi sur la transition énergétique, adoptée en août 2015, prévoit leur réduction de 30 % à l’horizon 2030, au profit des énergies renouvelables.

« La transition énergétique est un beau concept, mais par pitié, ne nous tirons pas une balle dans le pied, supplie Pascal Vialard, président de l’Union maritime Nantes ports. J’ai vécu par le passé la fermeture brutale d’une raffinerie, je sais ce que cela coûte en terme d’emplois directs et indirects. »

Jean-Pierre Chalus est sur la même ligne : « Nous militons plutôt pour une mutation en douceur que pour une politique de rupture. Et nous soutenons notre filière énergétique qui travaille à l’amélioration de ses paramètres ».

Total va ainsi investir 400 millions d’euros dans la raffinerie de Donges pour construire une nouvelle unité qui produira, à l’horizon 2021, des carburants moins chargés en soufre.

Le port de Nantes/Saint-Nazaire a senti le vent du boulet.

En octobre, le gouvernement a finalement renoncé à mettre en place une taxe carbone sur le charbon, qui non seulement aurait signifié à terme la fin d’une importante source de trafic, mais aussi la condamnation de la centrale thermique de Cordemais.

« Le projet est en stand-by. Selon la nouvelle Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), il y aurait une nouvelle échéance en 2023 », rapporte Denis Florenty, directeur du site de Cordemais, où se trouvent deux des trois dernières unités charbon d’EDF en France.

Pour se sauver, la centrale travaille sur un projet de co-combustion avec de la biomasse. « Lidée est darriver à développer une filière de production régionale à partir des déchets verts collectés par les collectivités et aussi les plantes invasives, explique-t-il. Et comme nous devrons allons chercher la matière au-delà des frontières locales, il y aura aussi du trafic maritime. »

Un démonstrateur va être installé cette année pour tester la faisabilité industrielle.

Quant au GNL, l’énergie fossile la moins polluante et la moins émettrice de gaz à effet de serre, le port se satisfait surtout du retour des grands méthaniers à Montoir-de-Bretagne liée à la baisse de la demande en Asie.

« Jusqu’en 2019, nous avons des perspectives intéressantes, notamment l’arrivée des brise glaces russes, qui devraient nous permettre de nous rapprocher de la barre des 5 millions de tonnes annuels », avance Jean-Pierre Chalus.

Dans le cadre de la lutte contre la pollution maritime, et la perspective de reconversion des bateaux du fuel au GNL, le GPM compte jouer sa carte.

« Le terminal méthanier a développé une activité de soutage (ou faire le plein à un navire, NDLR) et, pour montrer l’exemple, nous allons remotoriser au GNL notre drague Samuel de Champlain. » Les travaux sont prévus en 2018.

« Nous n’avons pas attendu pour nous diversifier et miser sur les énergies marines renouvelables », avance-t-on à la direction du port.

De la place a été faite sur les quais pour les deux usines de productions d’éoliennes de General electric.

L’aménagement du hub logistique à Saint-Nazaire a été décalé à fin 2017, du fait du recours en justice contre le parc offshore sur le banc de Guérande.

Reste qu’en espèces sonnantes et trébuchantes, ce sont bien les énergies fossiles qui font vivre le port, et ce n’est pas près de changer.

Julien Bouliou

44600 Saint-Nazaire

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