Saint-Nazaire Le retour des Chantiers de l'Atlantique, version italienne

Un accord avec Fincantieri est bien sur le point d'aboutir. Garanties sur l'emploi, l'activité ... droit de veto à la pelle, bordent le futur pacte. Détails et réactions

07/04/2017 à 18:05 par cathyryo

Le portique rouge pourra bientôt afficher Chantiers de l'Atlantique
Le portique rouge pourra bientôt afficher Chantiers de l'Atlantique

L’invitation pour  la fin d’après-midi envoyée par Bercy  aux syndicats et à la presse mercredi soir a eu beau être tardive, le tuyau a été vite percé ce  matin sur le contenu de l’annonce du secrétaire d’Etat à l’industie Christophe Sirugue.

Le Monde et Les Echos ont rapidement divulgué la position du gouvernement sur le dossier “chantiers”, information confirmée au fil de la matinée par de multiples sources en off pour laisser au gouvernement “la primeur”.

Fincantieri à la barre

C’est donc maintenant officiel.

L’Etat français abandonne son plan B, celui de la nationalisation temporaire des Chantiers.

Les obstacles à un rachat par Fincantieri sont levés du côté français qui dit avoir reçu les garanties sur le pacte d’actionnariat.

L’industriel italien, seul candidat à la reprise des chantiers navals de Saint-Nazaire a donc maintenant tous les feux au vert pour racheter le site.

D’autant qu’il a signé le 29 mars  avec le tribunal de Séoul un accord sur le prix, préalable indispensable pour lancer la procédure d’achat.

L’Etat renforce son poids avec DCNS

Dans ses négociations avec la France, Fincantieri a dû concéder à ne pas être actionnaire majoritaire dans le capital des Chantiers.

Le gouvernement français, appuyé par les élus locaux et les syndicats, n’a pas cédé : Fincantieri restera minoritaire avec toutefois la plus grande part :  48% (la répartition exacte peut encore évoluer mais à la marge).

L’industriel s’associe à un partenaire italien, la Fundazione CR Trieste qui détiendra 5%. Bercy y avait mis une condition : l’absence de liens juridiques, financiers, commerciaux, entre les deux entités.

Ces conditions semblent être remplies.

Le constructeur naval militaire DCNS entre dans le capital à hauteur de 14% et renforce ainsi le poids de l’Etat français qui reste à 33,34%.

Quelles garanties ?

Elles sont multiples : Pérennité du chantier de Saint-Nazaire, maintien des contrats en cours sur le site, investissement, maintien de l’emploi, préservation de la sous-traitance, du bureau d’études, de l’ingénierie, de la diversification engagée dans les énergies marines renouvelables.  Les Chantiers gardent leur capacité à répondre directement aux appels d’offres.

Liste de droit de veto

Ces engagements s’accompagnent de plusieurs droit de veto sur 20 ans et qui concernent :

La gouvernance, la nomination de la direction générale (Laurent Castaing et son équipe sont maintenus), l’arrêt de l’activité sur le site, la prise de participation et des investissements sur un marché chinois, le bureau d’études, la propriété intellectuelle, l’offre militaire.

Un salarié au CA

Le futur conseil d’administration sera présidé par Fincantieri.

Et pour la première fois, un salarié y siégera.  Les fauteuils sont répartis comme suit : trois Fincantieri, deux Etat français, un salarié, un DCNS, un direction générale et un pour la fondation.

Ce pacte, qui doit être signé la semaine prochaine, s’étend sur 20 ans en deux phases : de 8 ans, ce qui équivaut au plan de charge actuel des Chantiers et de 12 ans.

C’est dans cet esprit et avec une vigilance particulière sur la solidité des engagements pris que le gouvernement entend finaliser la négociation avec Fincantieri des termes d’un pacte d’actionnaires à long terme

a déclaré le secrétaire d’Etat à l’industrie Christophe Sirugue.

Les Chantiers redeviennent de l’Atlantique

Symboliquement l’accord prévoit aussi que les Chantiers redeviennent les Chantiers de l’Atlantique, nom qui finalement ne l’a jamais vraiment quitté.

Premières réactions de la direction des Chantiers et Fincantieri

Dans un communiqué, la direction des Chantiers dit accueillir comme

une bonne nouvelle l’annonce faite ce jour d’une avancée significative mais des étapes sont encore à franchir.

Elle poursuit en indiquant que

Les critères souhaités sont majoritairement satisfaits comme la stabilité de l’actionnariat, l’entrée dans le capital d’un acteur de référence connaissant bien le domaine maritime, le maintien de l’Etat à 33,34%

mais espère que d’autres points seront garantis comme

conserver la simplicité et la lisibilité de la gouvernance, poursuivre la politique de diversification et préserver la confiance des clients principaux

en clair MSC et RCCL .

Fincantieri, dans un bref communiqué se félicite

de l’accord de principe et continuera à travailler pour les finaliser les accords définitifs

Un maire “serein”

L’objectif est atteint. Je souhaitais un actionnaire robuste au service d’un projet industriel sans qu’il soit majoritaire. Les négociations ont abouti avec sérieux et détermination et je dois saluer le travail du secrétaire d’Etat à l’industrie. Sur ce dossier, j’ai toujours été serein. C’est un accord solide sur un temps long qui garantit une pérennité des emplois, du savoir-faire local tout en contribuant à développer encore davantage les énergies de la mer

Les syndicats divisés

Pour la CFDT,

l’accord est rassurant, l’Etat a bien travaillé. Nous avons des garanties qui répondent à nos revendications”.

La CGT, si elle convient que

l’Etat a obtenu des garanties la question d’un plan d’embauches massif et celle des conditions sociales sur le site ne sont pas abordées

FO est clairement déçue. Le syndicat milite depuis le début pour une nationalisation, même temporaire :

il y a une déception. On espérait le droit de préemption. Les garanties, on sait ce que ça peut devenir avec l’exemple du rachat d’Alstom par GE

LA CFE-CCG reconnaît

des garanties sétieuses mais à surveiller. C’est le fruit d’une pression intersyndicale centrée sur les engagements, et le besoin de transparence, plus que sur l’identité de l’actionnaire qu’il soit public ou privé. Nous redemandons que les élus ou à minima, l’expert du CE aient accès au pacte d’actionnaires, meilleur moyen de continuer de faire pression sur ceux-ci pour qu’ils tiennent leurs engagements.

Les autres réactions

Philippe Grosvalet, président du Conseil départemental parle d’un accord

historique pour l’avenir des chantiers navals de Saint-Nazaire. A vec un carnet de commandes sur 10 ans et un pacte d’actionnariat portant sur 20 ans, jamais l’horizon des chantiers n’avait été aussi dégagé

Le sénateur Yannick Vaugrenard se félicite de l’accord et demande

que la nomination des  représentants de l’Etat au CA soit faite par le ministère de l’industrie et non celui des Finances

Pour la députée Marie-Odile Bouillé, ce sont

Autant d’assurances obtenues par un gouvernement résolument offensif pour défendre nos intérêts. Le secrétaire d’Etat à l’industrie, Christophe Sirugue, a su mener ces négociations avec la détermination nécessaire et une écoute attentive aux souhaits des acteurs locaux.

Bruno Retailleau, président du Conseil régional se dit

de la hâte de l’Etat à conclure un accord avec Fincantieri. Il s’agit en effet d’un dossier hautement stratégique, et je ne pense pas que la proximité des élections présidentielles favorise une décision précipitée. L’actuel gouvernement n’aura pas à gérer les conséquences de son choix. L’arrivée aux côtés de Fincantieri d’un acteur bancaire italien a pour effet de donner aux italiens la majorité du capital. Le prochain chef de l’Etat, quel qu’il soit, devra s’assurer que l’accord conclu garantit bien la pérennité de l’activité à Saint‐Nazaire et l’avenir de la filière navale française.

Le socialiste Christophe Clergeau, conseiller régional nuance :

cet accord n’est pas idéal mais il existe et comporte de solides garanties. C’est une base acceptable pour préparer l’avenir

Aymeric Seasseau, secrétaire départemental du PCF

Alors même que plusieurs candidats à la présidentielle, dont le candidat socialiste, appelait à la nationalisation, au moins temporaire, des chantiers de Saint-Nazaire, le gouvernement a finalement donné son feu vert à Fincantieri . Malgré les garanties obtenues, le montage présenté risque d’être ingouvernable et l’avenir n’est pas garanti à moyen terme. Nous demandons que l’Etat français utilise son droit de préemption pour construire enfin le projet garantissant, l’indépendance de la navale française et les garanties sociales et  industrielles nécessaires.

Pour le Front National,

le gouvernement démissionne. Le FN exige dugouvernement qu’il inscrive noir sur blanc dans un pacte d’actionnaires que Fincantieri ne délocaliserapas en Chine le savoir-faire industriel qui a fait la fierté des ingénieurs et ouvriers des Chantiers, et qu’iln’augmentera pas la part de travailleurs détachés au-delà de 25 %, chiffre déjà considérable.
Laurianne Deniaud, candidate PS aux législatives,

 

La mobilisation et l’exigence des élus locaux nazairiens tout au long de ce dossier a été indispensable et a payé : les chantiers ont un actionnaire industriel et européen, la position de l’Etat sera renforcée. Avec un carnet de commande plein, des savoir-faire uniques au monde, un pacte d’actionnariat stable, les chantiers navals de Saint-Nazaire continueront à construire les plus grands paquebots

Dennis Octor, candidat PRG aux législatives,

Entrée de DCNS au capital, droit de veto de l’Etat, protection des brevets français : l’accord trouvé entre l’Etat et Fincantieri, prouve la bonne volonté des italiens. L’objectif du maintien de nos emplois et savoir-faire à Saint-Nazaire est donc atteint. A ce titre nous ne pouvons qu’être sereins et rassurés quant à cette reprise. Néanmoins nous resterons vigilants sur le long terme, d’abord sur les relations entre Fincantieri et son partenaire chinois CSSC, ensuite sur les relations entre CR Trieste et le constructeur italien

 

Pour Fabrice Bazin, candidat Europe Ecologie Les Verts aux législatives, aura préféré la nationalisation :

L’avenir nous dira si cet accord tient la route. En effet, si aucun actionnaire n’est majoritaire, c’est quand même l’Italie qui a 53% du capital, contre 47% pour la France (dont 14% pour l’armée). Nous aurions préféré que l’Etat français mette en place une nationalisation temporaire pour prendre le temps de trouver une solution offrant de meilleures garanties. »

 

Pour Philippe Fraix du Parti de gauche,

L’accord de principe du dernier gouvernement Hollande en faveur d’une prise de direction de la construction navale nazairienne par l’italien Fincantieri ne rassure en rien. L’évocation d’un pacte d’actionnaire -qui comme dans le passé peut rester occulte- n’a jamais préservé d’un retournement des promesses et le chantier naval de Saint-Nazaire peut ainsi se voir vidé de sa substance. L’économie de la mer est un défi d’avenir qui mérite l’ambition de toute une filière cohérente avec le soutien de l’Etat français.
44600 Saint-Nazaire

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